embruns des jours et mouillages improvisés,
Jean-Baptiste Siméon Chardin
naît d'un père menuisier, frabricant de billard. D'abord élève du peintre d'histoire Pierre-Jacques Cazes, il poursuit son apprentissage artistique auprès de Noël Coypel.
En 1724, il rejoint l'Académie de Saint-Luc avant d'être finalement accepté à l'Académie royale l'année suivante. Ses peintures la Raie et le Buffet, gigantesques natures mortes, ont contribué à cette admission.
Ses thèmes picturaux tournent d'abord autour du gibier, puis du simple objet. Dans les années 1730, il évolue vers la réalisation de scènes de genre qui assure sa renommée auprès de la bourgeoisie (la Pourvoyeuse, 1739 ; le Bénédicité, 1740). Après un retour aux natures mortes, sa popularité croît sans cesse.
Logé au Louvre dès 1757, il reçoit plusieurs commandes royales. Les critiques, dont celles émises par Diderot, sont particulièrement élogieuses quant à son travail d'artiste. Malheureusement, sa vue baisse et le contraint à travailler les pastelles. Il peint alors plusieurs portraits et autoportraitsL
Les premiers tableaux à figures de Chardin ont été peints à partir de 1733 au plus tard. Chardin se rend compte qu'il ne pourra pas vendre indéfiniment des natures mortes. Il lui faut devenir maître dans un autre « talent ».
Dans son Abecedario, un contemporain de Chardin, Mariette, rapporte l'anecdote suivante : Chardin faisant remarquer à un de ses amis peintres, Joseph Aved (1702–1766), qu'une somme d'argent même assez faible était toujours bonne à prendre pour un portrait commandé quand l'artiste n'était pas très connu, Aved lui aurait répondu :-« Oui, si un portrait était aussi facile à faire qu'un cervelas. »
L'artiste était mis au défi de peindre autre chose que des natures mortes. Mais ce n'était pas la seule raison de changer de « talent ». Mariette ajoute :
« Ce mot fit impression sur lui et, le prenant moins comme une raillerie que comme une vérité, il fit un retour sur son talent, et plus il l'examina, plus il se persuada qu'il n'en tirerait jamais grand parti. Il craignit, et peut-être avec raison, que, ne peignant
Présenté à Louis XV à Versailles en 1740 par Philibert Orry, Surintendant des Bâtiments du Roi (sorte de Ministre de la Culture) et Contrôleur Général des Finances, Chardin offre deux tableaux au souverain. On peut lire à cette occasion dans le Mercure de France : « Le dimanche 27 novembre 1740, M. Chardin de l'Académie royale de peinture et sculpture, fut présenté au roi par M. le contrôleur général avec deux tableaux que Sa Majesté reçut très favorablement; ces deux morceaux sont déjà connus, ayant été exposés au Salon du Louvre au mois d'août dernier. Nous en avons parlé dans le Mercure d'octobre, sous le titre: "La Mère laborieuse" et "Le Bénédicité"». Ce sera la seule rencontre de Chardin avec Louis XV.
Durant cette période le style de Chardin va évoluer :« En un premier temps,l'artiste peint par larges touches qu'il dispose côte à côte sans les fondre entre elles (…) ; après avoir pendant quelques années, vers 1755-1757, multiplié et miniaturisé les objets qu'il éloigne du spectateur, tenté d'organiser des compositions plus ambitieuses, il accordera une place de plus en plus grande aux reflets, aux transparences, au « fondu » ; de plus en plus ce sera l'effet d'ensemble qui préoccupera l'artiste, une vision synthétique qui fera surgir d'une pénombre mystérieuse objets et fruits, résumés dans leur permanence. » (Pierre Rosenberg, Catalogue de l'Exposition de 1979, p. 296)
Retenons " La Table d'office", dit aussi "Partie de dessert avec pâté, fruits, pot à oille et huilier " (38 x 46 cm, Paris, Musée du Louvre). Chardin propose ici une composition horizontale dans laquelle il multiplie des couleurs et les formes géométriques. Il peint aussi des compositions plus sobres, inscrites dans une figure ovale, avec des fruits, et où l'accent porte sur les reflets, les jeux complexes de la lumière. Par exemple, " Le Bocal d'abricots" (Ovale 57 x 51 cm, Toronto, Art Gallery of Ontario), et "Le Melon entamé " (Ovale 57 x 52 cm, Paris, collection particulière ).
ll faut rappeler enfin " Le bocal d'olives " (7I x 98 cm, Paris, Musée du Louvre) dont Diderot disait qu'il fallait commencer par le copier pour apprendre le métier de peintre.

